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Mise à jour : 14/06/2010
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Compte rendu de Venedig J'ai le plaisir de croiser Juan Mayoral depuis plusieurs années dans les Congrès et journées magiques. J'ai toujours aimé sa Magie, qui est pour moi synonyme de Beauté, tout simplement. J'ai donc été très heureux de pouvoir suivre ce stage blésois (qui était aussi mon premier), en compagnie de celui que je considère comme un de mes maîtres en Magie, si ce n'est MON Maître. L'accueil par l'équipe du CIPI a été très sympathique, très agréable, et j'ai eu le plaisir de retrouver des amis magiciens que la vie m'avait fait perdre de vue, en particulier Claude mais aussi Alain et Marc, croisés quand j'étais au Nord-Magic-Club. Dès le premier abord, Juan vient très sympathiquement saluer chacun d'entre nous. Et puis c'est parti : « CIPI ya ya youpi youpi yéééé ! » Après que Jean Claude l'ait présenté, Juan tout de noir vêtu commence avec un très joli effet de foulard brûlé et reconstitué. Le rouge du foulard, le blanc du papier, et l'or de la flamme s'accordent harmonieusement. Je n'ai que trois mots pour le décrire : Simple, Beau, Efficace. Cet effet est suivi par un numéro de cordes enclavées en lumière noire. Là encore, même si je suis un peu moins sensible à ce second numéro (pourtant j'aime la Magie des cordes), que du Beau. Juan nous fait part de son plaisir d'être parmi nous et nous dit que c'est la première fois qu'il anime un stage, nous serons donc encore plus en co-construction. Il nous fait part ensuite de ses réflexions concernant le choix du type de Magie que chacun doit faire (manipulation ou magie « facile », musique ou pas, humour ou sérieux, seul en scène ou avec partenaire, etc.). Une étape incontournable, qui évoque fortement le « connais-toi toi même, et tu connaîtras et les hommes et les dieux » socratique, et invite chacun d'entre nous à descendre en lui-même afin de pouvoir ensuite offrir sa propre étincelle de Magie aux autres. Juan évoque aussi la peur qui saisit tout le monde, même si elle ne s'exprime pas de la même manière, et les différentes manières de la gérer. Puis Juan propose à deux stagiaires de travailler l'effet présenté en entrée. L'effet étant assez simple, le simple fait d'observer deux d'entre nous est effectivement formateur. Juan nous présente ensuite une tasse à café qui chauffe seule, un effet sympathique basé sur l'électronique (étonnant, non ?), puis développe quelques principes de créativité avant de nous expliquer sa version des cordes enclavées, puis de faire travailler deux stagiaires sur cette présentation. Vient un moment qui se reproduira pendant le stage : la créativité via les jouets. Juan nous éveille sur la richesse offerte par les jouets. Ces derniers peuvent en effet être utilisés tels quels dans une routine, mais ils peuvent aussi être utilisés de manière détournée, dans leur principe, avec un autre habillement. Je dois dire que ces moments ont ouvert chez moi des portes insoupçonnées. Retour à la Magie plus « classique » : la corde coupée et restaurée de manière extrêmement visuelle. Cette fois, tous les stagiaires s'y collent, et j'ai un peu de mal à retrouver la gestuelle de cet effet que j'aime beaucoup et que j'ai eu plaisir à présenter en son temps … Je trouve intéressant le fait de remettre l'ouvrage sur le métier et que rien n'est jamais acquis, que l'on apprend toujours. Et je me mets à penser à Harry Potter : le CIPI, c'est Poudlard en fait ! On m'aurait caché des choses… Juan nous propose ensuite des réflexions sur la communication, l'intuition, la tenue sur scène (par exemple ne pas oublier la règle de la ligne médiane du corps ; ou encore le salut, qui est une conséquence des applaudissements et non pas un signal de ces derniers). C'est ici que l'on se rend compte qu'être Magicien, être artiste, ce n'est pas seulement être sur scène. C'est aussi constamment penser à son interlocuteur, penser à l'image donnée dès l'arrivée sur les lieux, dès les premiers contacts. En fait c'est tout le pan psychologique et psychosocial du rôle de l'artiste que Juan développe. Puis Juan nous rappelle qu'il n'y a pas de vrais critiques de magie, comme il y a des critiques de cinéma par exemple. Il insiste sur la nécessité du regard critique de ses pairs, donc de la nécessité des clubs. Il est temps de pauser et d'échanger autour du menu concocté par le restaurateur. C'est un autre moment sympathique de découverte des autres stagiaires et de partage. Nous avons le plaisir d'accueillir Huang Zheng, la compagne de Juan, qui a présenté un numéro magnifique à la FISM en 2009. Après-midi, retour au fil rouge des jouets : lévitation avec le fun fly stick . Un jouet bluffant, magique en soi, mais que l'on peut encore habiller autrement pour augmenter la Magie. Et plein de curiosités pouvant être utilisées dans notre art : le gallium, le ferro-fluide, des fils lumineux qui pourraient servir à un numéro de cordelettes par exemple… On va à la pêche (les articles de pêche étant une véritable mine pour nous), et puis c'est l'espion qui pointe son nez, Juan nous présentant des objets habituellement utilisés dans l'espionnage et la surveillance, qui peuvent aisément trouver leur place dans un numéro. Je passe sur les présentations détaillées du matériel électronique dont Juan est spécialiste. Fil rouge : le travail de scène. Du bon usage de la fiche technique ; connaissance de la salle dans laquelle on se produit (par exemple durée d'ouverture/fermeture du rideau) ; éclairage (le meilleur éclairage est « le moins possible qui permette de voir » ; quant à la poursuite, il est préférable d'utiliser une poursuite tamisée avec un correcteur rose ou rose pâle par exemple). Last, but not least , comment réussir une finale avec tous les artistes. Fin de la journée : la « soirée entre nous » . Où je retrouve le plaisir de l'échange entre pairs, l'ambiance des clubs que mes activités m'empêchent de fréquenter… J'ai particulièrement aimé le numéro d'Alice, si poétique et empli de douceur, précédant le numéro de Juan qui clôtura la soirée. Bien que ce ne soit pas le numéro qu'il avait originellement prévu pour cause de matériel cassé dans les transports, Juan nous a bluffés par l'apparition finale d'un immense drapeau. Nous avons ensuite pu profiter du regard critique de Juan. J'ai apprécié sa modestie, il ne prétend pas détenir la Vérité dans ses différentes interventions. Son regard a toujours été extrêmement bienveillant et constructif. J'ai totalement reçu mon salaire et suis rentré à mon hôtel le regard empli de rêves et de projets d'amélioration de mon numéro de manipulation. On commence fort le lendemain. Après le café, Juan nous explique le changement de couleur d'un foulard en hauteur, suivi de sa disparition en une gerbe de flammes. Puis c'est une belle lévitation d'un ballon qui nous est proposée. Ces deux effets nous sont expliqués en détail. Pour les mentalistes, Juan présente maintenant un effet de calcul mental contre une calculatrice. A la différence d'un effet connu, la présentation de Juan permet de réellement prendre en compte les nombres proposés par le spectateur, chacun peut le vérifier. C'est fort mais j'aime moins (le mentalisme c'est pas vraiment mon truc). Voilà la magie que j'aime, du pur Mayoral : disparition et réapparition d'une bougie sur son bougeoir, suivies de la quadrature du cercle (ce bel effet géométrique où du cercle naît le carré, qui se transforme en une canne). Fil rouge des jouets : la mini machine à bulles, qui est impressionnante dans la quantité de bulles produites. « Elle a tout d'une grande », dirait un publicitaire… Juan enchaîne sur une production à partir d'une boîte en carton construite sous nos yeux. Cet effet est un classique, mais la manière dont Juan l'envisage est fort intéressante, car elle prend en compte le fonctionnement psychologique du spectateur. Encore une fois, je constate combien Juan pense à son auditoire et se met à sa place, pense à son fonctionnement, à ses croyances, et aux normes de la société à laquelle le magicien appartient ou dans laquelle il se trouve. Par exemple il évoque le fait que faire apparaître des cigarettes n'est plus vraiment actuel et peut choquer le public, comme les apparitions d'animaux peuvent être mal ressenties (du moins dans certains contextes historiques et/ou dans certains pays). Juan nous présente ensuite un accessoire très utile : l'oreillette, qui permet non seulement des effets magiques, mais aussi de ne pas oublier de saluer quelque personnage important qui serait dans la salle. Juan a eu le plaisir de faire bénéficier David Copperfield de cet accessoire. A nouveau la magie, avec la production de lumières avec des D'lights (avec lequel si mes souvenirs sont bons Juan a été champion du monde), puis canne volante lumineuse, enfin bougie qui s'allume seule. Et surtout qui s'éteint sur un geste du magicien. Juan nous rappelle qu'il est le créateur des D'lights , puis nous explique le fonctionnement de la bougie et nous montre en détail le matériel. Cet effet est vraiment magique. Juan nous rappelle que dans notre art, il n'y a pas de demie mesure. En d'autres termes, « il y a la Magie, ou il n'y a pas la Magie » … A méditer… Vient ensuite un effet d'entrée assez classique, avec un foulard enflammé qui se transforme en canne. Nous avons une discussion sur le produit inflammable à utiliser, Juan utilisant pour sa part l'essence à briquet. Nous préférons l'essence F. Toujours dans la Magie du feu Juan nous rappelle la possibilité de travailler avec la poudre de lycopode, que l'on trouvait il y a plusieurs années en pharmacie. On peut obtenir les mêmes effets avec du cacao en poudre, mais la flamme est moins belle (et je crains que le public ne sente l'odeur résultante de caramel). Juan propose de débattre librement de thèmes qui nous intéresseraient. Sébastien, le plus jeune d'entre nous je crois, pose alors des questions de mise en scène. Il nous présente quelques très jolis effets pour les illustrer. Il s'ensuit un échange très fructueux entre nous, chacun faisant bénéficier de son regard (qui technique, qui psychologique, qui scénique…) et de son expérience. Nous avons le plaisir de profiter aussi du regard de Huang Zheng, qui nous prodigue des conseils relatifs à la direction du regard, et qui explique la manière dont l'artiste doit se tenir et se déplacer harmonieusement en scène. Encore une fois, c'est de la belle ouvrage. Le stage se termine par une présentation du merveilleux « Meteors », et Juan m'émeut encore en nous présentant sa petite valise « de quand il était petit », avec le matériel qu'il s'était construit lui-même. Ca me rappelle ma propre enfance, ma propre valise, et mes gobelets en plastique peints en argent. Beau moment, encore, que celui-là ! Difficile de partir, maintenant. On continue les échanges, on fait durer le plaisir… Et ceux qui le veulent vont assister au spectacle que propose la Maison de la Magie ; dernier moment où l'on continue un peu à discuter mise en scène. Puis chacun repart de son côté, emportant avec lui un peu de la lumière de Juan, qu'il pourra redistribuer au-dehors. Pour conclure, je me suis inscrit à ce stage pour me ressourcer, et je l'ai été pleinement, au-delà même de mes espérances. Le plus important à mes yeux est la rencontre de Juan dans son humanité, sa profonde humanité. De tels moments sont rares dans le monde de la Magie comme dans le monde profane. Je remercie les amis du CIPI qui nous offrent ces moments d'échange et nous permettent de nous améliorer dans notre Art. Rennes, le 11 Juin 2010,
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